Le triplet : la plus petite brique de sens
Comment écrire un fait pour qu'une machine le comprenne ? Le web sémantique répond avec une idée d'une simplicité désarmante : tout savoir se découpe en phrases de trois mots, le triplet. On y trouve toujours un sujet, un prédicat (la relation) et un objet. Exactement comme une mini-phrase : « qui - fait quoi - à quoi ».
Pris un par un, ces triplets paraissent banals. Mais quand on en relie des millions, chaque objet devenant le sujet d'un autre triplet, on obtient un gigantesque graphe de connaissances : un réseau de faits où l'on peut voyager de Mars vers ses lunes, de ses lunes vers leur découvreur, du découvreur vers son pays. La machine ne « lit » pas le monde, elle le parcourt comme une carte.
Le vocabulaire du web sémantique
Quatre mots reviennent sans cesse. Une fois apprivoisés, tout le reste s'éclaire.
| Mot | Ce que c'est |
|---|---|
| RDF | Le format standard pour écrire les triplets. C'est la grammaire commune qui dit : un fait = sujet + prédicat + objet. |
| URI | Un identifiant unique à l'échelle de la planète. Pour qu'aucune machine ne confonde la planète « Mercure » avec le dieu, le métal ou la voiture, chacun reçoit sa propre adresse, par exemple http://www.wikidata.org/entity/Q308. |
| Ontologie | Un dictionnaire de types et de relations autorisés. schema.org en est un célèbre : il définit ce qu'est une « Personne », un « Lieu », un « Évènement » et comment les relier. |
| SPARQL | Le langage pour interroger les triplets. C'est le « SQL » du web sémantique : on décrit le motif cherché et le moteur retrouve tous les faits qui collent. |
Une requête SPARQL ressemble à une phrase à trous. On laisse des variables (les mots qui commencent par ?) et on demande au moteur de les remplir avec tout ce qui correspond :
Le point final de chaque ligne marque la fin d'un triplet recherché. Là où SQL fouille une seule base, SPARQL peut interroger un graphe relié au monde entier.
Les grands graphes de connaissances du monde réel
Ces idées ne dorment pas dans les manuels : elles font tourner d'immenses bases publiques, ouvertes et reliées entre elles. C'est le mouvement des données ouvertes liées (Linked Open Data).
Le sens commence dans la page : le CSS Zen Garden
Avant de relier des millions de faits, il existe une idée sémantique beaucoup plus humble, présente dans chaque page web : écrire un HTML qui dit ce que les choses signifient, et non de quoi elles ont l'air. Une balise <article>, <nav> ou <titre> annonce un rôle; c'est ce qu'on appelle le HTML sémantique. Les moteurs de recherche et les lecteurs d'écran pour personnes aveugles s'appuient entièrement là-dessus.
La démonstration la plus spectaculaire de cette séparation porte un nom : le CSS Zen Garden (2003). Un seul fichier HTML, jamais modifié. Des centaines de designers du monde entier n'avaient le droit de soumettre qu'une feuille de style CSS. Résultat : le même contenu, exactement les mêmes mots, transformés en des centaines d'univers visuels totalement différents.
Cette philosophie « le contenu d'un côté, l'habillage de l'autre » a inspiré toute une famille d'outils modernes : les CMS à fichiers plats (Grav, Kirby, Jekyll, Hugo), où chaque page est un simple fichier texte porteur de sens, sur lequel un thème vient se poser. C'est leur autre face, côté rangement, qu'on explore dans Les bases fichiers.
Voir le CSS Zen GardenLe rêve d'origine : un web de données
Tu peux y goûter tout de suite. L'éditeur de requêtes de Wikidata accepte le SPARQL et affiche les résultats sous forme de tableaux, de cartes ou de graphiques. Demande-lui par exemple toutes les exoplanètes connues, ou toutes les lunes de Jupiter avec leur diamètre.
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